Zone d'attente: bienvenu nulle part

Publié le par Lei Gong

L'incendie de Vincennes relance le débat sur le centre de détention d'étrangers, mais il ne faut pas oublier des centaines de Zone d'attente en France. Voici mon enquête réalisée en début de l'année sur la ZAPI de Roissy. Des centaines d’étrangers y passent chaque jour. En pénétrant dans ces lieux bien cachés des yeux des Français, ils tombent dans un espace blanc: hors de leur pays, mais pas en France.

< Généralités

L’étranger qui arrive en France (...)et qui, soit n’est pas autorisé à entrer sur le territoire français, soit demande son admission au titre de l’asile, peut être maintenu dans une zone d’attente située dans une gare ferroviaire ouverte au trafic international (...), dans un port ou à proximité du lieu de débarquement, ou dans un aéroport, pendant le temps strictement nécessaire à son départ et , s’il est demandeur d’asile, à un examen tendant à déterminer si sa demande n’est pas manifestement infondée. 
                                                  Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), article L221-1.

La zone d’attente mentionnée ci-dessus s’appellait autrefois la zone d’attente des personnes en instance (Zapi). La dénomination a changé, mais le sigle est resté. Aujourd’hui, Roissy compte deux Zapi : la 3 et la 4. Les deux précédentes n’existent plus : la Zapi 1 était improvisée à l'époque dans un des hôtels près de l'aéroport, la Zapi 2 a été transformée en centre de rétention, celui du Mesnil-Amelot. La Zapi 3 a été inaugurée en janvier 2001, et se situe entre la zone fret 1 et fret 2, du côté des aérogares 2A et 2B. Elle est la plus importante des 122 zones d’attente recensées en France, selon le ministère de l’Intérieur.

Entourée par des stocks de marchandises, elle ne montre aucun signe qu’elle est un batiment destiné à héberger temporairement des personnes en attente d’entrée sur le territoire français. "La zone d’attente est considérée comme un territoire international. Ce n’est pas la France", éclaircit Tihana, responsable de la Permanence d’Accueil des étrangers en sortie de zone d’attente, un des deux services de la Croix-Rouge présents à Roissy.

La Zapi 4, qui occupe une partie du batiment 2E,a été ouverte le 10 janvier 2008 à la suite d’un flux d’arrivées important ces derniers mois. "Pour l’instant, nous ne savons pas si c’est temporaire, il faut attendre la décision du ministère de l’immigration", explique Tihana.


<< Conditions de vie

La Zapi 3 compte 174 lits. Actuellement, tout est occupé. Elle comprend essentiellement des chambres de deux lits, et sept chambres de famille à 4, 6 ou 8 lits. Chaque chambre a un lavabo, mais les toilettes et les douches, en nombre suffisant, sont communes.

Pour la nourriture, des repas plateaux sont fournis : entrée-plat-dessert. "Les régimes alimentaires des personnes sont respectés", affirme Tihana. Quand le menu comporte du porc, les musulmans ont un autre plat. Pour le divertissement, deux salles de télé, une salle de jeu pour les enfants, et un jardin sont mis à la disposition. Les fumeurs n’ont le droit de fumer que dans le jardin.

La Zapi 4 est dans une ancienne salle d’attente d’embarquement. La salle est divisée en deux parties : un côté compte actuellement 77 lits de camps, l’autre côté garde toujours ses sièges classiques d’aéroport. Mais le contenu potentiel de cette zone est de 100 voire 200 places si on enlève les places assises. Cinquante à cent
personnes passent par là chaque jour depuis son ouverture, la plupart sont des hommes. "En général, les femmes  et les enfants sont envoyés dans la Zapi 3, car les conditions d'hébergement sont meilleures là-bas", explique Tihana, " de ce fait, certaines familles se retrouvent séparées dans deux zones éloignées et sans moyen de communiquer".

On compte seulement trois toilettes pour les hommes et quatre pour les femmes. Deux cabines téléphoniques. Pas de douche. Les repas sont distribués dans des sacs qui contiennent chacun un morceau de pain, une boîe de salade, un ou plusieurs morceaux de fromage et une compote. Les migrants n’ont pas le droit de fumer. Ils n’ont pas le droit d’y recevoir de visites. Pour la douche et les visites extérieures, famille ou amis, ils vont à la Zapi 3. Des navettes sont alors mises en service avec escorte de policiers. Ils doivent également se rendre à la Zapi 3 pour l’entretien avec les agents de l’Ofpra, qui examinent si leur demande d’asile est fondée.

Tout le monde n’a pas l’intention de rester en France. Ce mardi 15 janvier, une Somalienne est sortie de la zone d’attente. La première chose qu’elle a faite, c’est appeler une amie qui réside en Belgique,et préparer son départ
pour la rejoindre là-bas.


<<< Saturation
"Je n’ai jamais vu autant de monde depuis 2003", exprime Tihana. La police aux frontières est obligée de garder des gens dans les postes de police. Cela a commencé début décembre. Puis une salle de transit a été mise à disposition, c’est ce qu’on a appelé "la zone d’attente provisoire".  

Les gens étaient obligés de dormir par terre, ou sur les bancs en métal. Ce qui a entraîné une grève de faim de treize Tchétchènes, début janvier 2008. Depuis, ce lieu d’hébergement précaire a été remplacé par la Zapi 4, pour absorber les derniers arrivés, toujours en majorité des Tchétchènes.

Selon un communiqué de l’association Forum réfugiés, le ministre de l’immigration Brice Hortefeux a demandé aux préfets, dès le 10 juillet 2007, de ne plus procéder aux renvois de Tchétchènes et de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour pour qu’ils puissent déposer leur demande d’asile en France. Ce serait la raison de leur arrivée en masse. Actuellement, la police ne les accepte plus sans filtrage, et ils piétinent en zone d’attente. De nulle part à nulle part.

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